Forums Economie
Lettre hebdo 46 : Vous avez dit Crise?
le 14/11/2011 16:58
« Souvent tapageuse, parfois insaisissable, la vie politique et son rituel quotidien obéissent à une mécanique bien huilée dans laquelle même les grincements sont savamment orchestrés » (Jacques Mailhot). Je reprends la citation du post du 7 novembre dernier, car, finalement, à quoi avons nous assisté au cours de la semaine suivant le G20 du 3 et 4 novembre, si ce n’est à un développement des positions géopolitiques. De la gestion de la crise, rien de nouveau si ce n’est un jeu de destruction du tissu politique. C’est ainsi que la Russie à su profiter de la crise et mettre un terme à plus de 18 ans de négociations concernant son intégration à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Un record, après les 15 ans qu’avaient duré celles concernant l’adhésion de la Chine, en 2001. Pour reprendre le négociateur en chef russe, M. Maxim Medvedkov, « lorsque la Russie a déposé en 1993 sa demande d'adhésion, elle n'allait pas bien, aujourd'hui, la situation est meilleure, a-t-il ajouté. Il est évident, qu’avec un stock de devises important, dont les pays occidentaux ont cruellement besoin, la situation de la Russie est des plus avantageuse… Cette semaine, a également été l’occasion d’apprendre, par la voix de Mme Lagarde, la directrice générale du FMI, la réforme des quote-parts et des droits de vote au sein du Fonds, permettant à la Chine de devenir le troisième pays en termes de droits de vote au sein de l’institution. Mme Lagarde a précisé, « La Chine est un acteur clé du G20 et aussi au FMI", où le pays a un " plus grand rôle à jouer et une voix plus importante à faire entendre ». La stratégie chinoise qui exigeait que toute aide financière de sa part, ne se ferait que par l’intermédiaire des DTS du FMI, semble avoir portée ses fruits… Quelles seront les exigences du Brésil, qui semble être la prochaine étape. Porteront elles sur un plan géopolitique ou sur un niveau purement commercial (avec des transferts de compétences techniques et technologiques) ? Quoiqu’il en soit, il est heureux de constater que la crise permette des avancées sur des sujets où on ne l’attendait pas. Ainsi, le président Barack Obama a annoncé, dans son île natale, Hawaï, la création de la plus grande zone de libre échange du monde dans l’Asie-Pacifique. Un ensemble de 10 pays représentant 35% du PIB mondial, dont est exclut la Chine, mais dans lequel, on retrouve le Japon. Pour information, Les USA avait soutenu le développement économique de la Chine, dans les années 80-90, afin de contrer la puissance grandissante du Japon responsable des déséquilibres commerciaux américains… En même temps, durant cette semaine passée, l’ambiance était tout autre dans la zone euro. A défaut d’avancée dans la gestion de crise des dettes souveraines européennes, c’est un pas en arrière auquel nous avons assisté. On pourrait même dire « un jeu de massacre ». Après la Grèce, c’est l’Italie qui devient la cible des marchés, avec un taux de rendements à 10 ans flirtant avec les 7.5 %. C’est ainsi, qu’après Georges Papandréou, c’est au tour de Silvio Berlusconi de succomber aux desiderata des marchés. Une remarque intéressante, sur Bfm Business, expliquait que ces derniers constituaient, finalement, le 4ième pouvoir que la presse ne semblait pas exercer. Actuellement, la détermination des marchés financiers dominent largement les trois pouvoirs constitutifs de tous Etats démocratiques, que sont le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Sans entrer dans un débat qui nécessiterait un roman, il important de préciser que depuis le début de la crise, ce sont 6 premiers ministres qui tombent : José Luis Zapatero (Espagne), Iveta Radicova (Slovaquie), José Socrates (Portugal), Brian Cowen (Irlande), Georges Papandréou (Grèce) et Silvio Berlusconi pour l’Italie. Qui sera le prochain ? Sans répondre à cette question, il est navrant de constater à quel point la dette française subit un acharnement, qu’il soit direct ou vicieux. Malgré une politique d’austérité clairement affiché par le gouvernement Fillon, rien y fait, le taux à 10 ans de l’OAT a atteint le double du taux allemand. Sans compter, que dans ce contexte tendu, survient l’incroyable « bourde » de S&P en diffusant un communiqué dans lequel il était mentionné que la France avait perdu son précieux triple « A ». En attendant, les banques s’allègent en dettes souveraines des « PIIGS », les parlements votent la rigueur budgétaire, de nouveaux gouvernements se constituent dans la précipitation, les négociations sur le soutient des BRICS se poursuivent, des débats sur davantage d’intégration européenne dominent de plus en plus l’actualité,… quant aux actes… les investisseurs attendent et perdent patience. Le pire serait de sombrer dans cette forme de diplomatie qui reporte les décisions jusqu'à ce que les problèmes se résolvent d'eux-mêmes. Or comme le disait, Jacques Attali sur France Inter le 3 novembre 2009, « Si on ne fait rien, la crise ultérieure sera absolument cataclysmique ». Cette semaine, les marchés devraient être dans l’attente. Alors que Mario Monti succède à Silvio Berlusconi en Italie, en Grèce, Lucas Papademos devrai définir sa feuille de route. Sur le front macroéconomique, cette semaine sera intéressante, notamment, avec la production industrielle pour la zone euro (Lundi), le PIB européen pour le 3 ième trimestre, indice Zew, ventes de détail US et l’Empire State de la Fed de NY (mardi), la production industrielle US et l’indice immobilier NAHB (mercredi), JobClaims, permis de construire et mise en chantier (jeudi) et l’indice avancé du conférence board (vendredi). Conclusion La semaine s'achève sur une séance au plus haut permettant à l’indice d’afficher, in extremis, une performance hebdomadaire positive de 0.83%. Les marchés étaient sous pression, en début de semaine, chahutés par la mise en place d’un nouveau gouvernement grec, la dette italienne, puis par les inquiétudes sur celle de la France. Mais, vendredi, ils ont salué l'arrivée du gouvernement de transition en Grèce et l'adoption par le Sénat italien du plan d'austérité, qui annonce la démission de Silvio Berlusconi, et l’amélioration du moral des ménages américains. Techniquement, il est rassurant de voir que sur la semaine passée, l’indice parisien a eu les ressources nécessaire pour revenir dans son canal haussier, initié le 26 septembre dernier. Pour aujourd’hui, ce dernier constituera notre premier repère, à 3 160 pts. En cas de rupture, il faudra monitoré les 3 050 pts (23% de la chute de cet été), le risque que le marché fasse une narcose à l’azote (ivresse des profondeurs) est important avec pour objectif le comblement du gap (à 2 976 pt) du 6 octobre dernier. Ce qui correspondrait à une baisse de 92 pts. Pour infos, la volatilité jour de l’indice, depuis 2000, tourne autour de 125 pts. A la hausse, il faudra suivre la moyenne mobile 14 jours, qui avait été cassée le 1er novembre dans un gap baissier de 57 points. Un comblement de ce dernier pourrait intervenir, avec pour objectif 3 230 points, correspondant au 38.2% de retracement de la baisse de cet été. A noter, que depuis le 23 septembre dernier, le CAC dessine la même configuration que celle qui avait initiée le rebond du 09 mars 2009, avec une première vague venant rebondir sur le support des 3000 points. Sur la semaine à venir, il faudra, toutefois, être vigilant. Les marchés réagissent de manière épidermique aux mauvaises nouvelles. L’onde de choc des péripéties italiennes pourrait continuer à se diffuser. Toutefois, l’arrivée d’un nouveau Premier ministre devrait dissiper certaines inquiétudes et permettre une poursuite de la hausse. Marchés - La Bourse de Paris a terminé sur un fort rebond de 2,76% vendredi, encouragée par un premier vote en Italie sur les mesures d'austérité et un indice de consommation meilleur qu'attendu aux Etats-Unis, dans un contexte général d'apaisement des tensions en zone euro. La Bourse de New York a fini vendredi en forte hausse, saluant l'arrivée du gouvernement de transition en Grèce et l'adoption par le Sénat italien du plan d'austérité, qui annonce la démission de Silvio Berlusconi: le Dow Jones a pris 2,19% et le Nasdaq 2,04%. L’indice Dow continue de sur performer l’indice parisien, avec une performance annuelle de 4.98% Le Vix se stabilise au dessus des $30. - L'inquiétude persiste, d'où le repli des investisseurs qui vendent le marché et se reportent sur des placements plus sûrs comme les obligations. Le Bund se maintient sous les 2% à 1.80 contre 1.77 la veille, l’OAT à 3.386 contre 3.466 la veille. Même évolution pour les Etats-Unis le TNote qui passe à 2.056 contre 2.056. A noter que le spread entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans reste à des niveaux record depuis la création de la monnaie unique, supérieurs à 160 bp. La pression des marchés s'est accentuée sur l'Italie, qui s'est à nouveau engagée à parvenir en 2013 à l'équilibre budgétaire. Les taux d'emprunt de ce pays se sont envolés à un nouveau record, signe que les investisseurs doutent plus que jamais de sa capacité à faire face à la crise. Le "spread" ou écart entre le taux italien et allemand, s'élevait à 460 points de base, soit 4 points de pourcentage. Ce pays figure depuis cet été en premières lignes des craintes de contagion de la crise de la dette à d'autres pays que ceux déjà touchés à savoir la Grèce, l'Irlande, l’Espagne ou le Portugal. Tandis que le marché interbancaire chute, après cette légère tendance baissière entamée lundi, avec un Euribor 3 mois à 1.459%. Signe que les tensions diminuent sur ce marché. A noter que la pression s’affaiblit avec des volumes sur le marché monétaire en hausse depuis août dernier. Ainsi, à mesure que les banques dévoilent leur bilan quant à leurs expositions et leurs ratios de solvabilité, la confiance gagne dans les relations interbancaires. Cette dernière reste, toutefois, fragile. Tendance de fond Annonces de la veille - Les Etats de la zone euro doivent agir davantage au niveau européen et confier une partie de leurs responsabilités budgétaires et fiscales aux institutions européennes pour sortir de la crise de la dette, estime le ministre allemand des Finances dans des interviews publiées samedi. - L'Asie-Pacifique a lancé samedi un projet de zone de libre-échange entre dix pays qui pourrait devenir la plus grande du monde, loin devant l'Union européenne, à l'occasion d'un sommet régional réuni à Hawaii dans l'île natale du président américain Barack Obama. Les "grandes lignes" d'un accord créant ce "partenariat transpacifique" (TPP) ont été approuvées, a annoncé M. Obama lors d'un sommet avec les partenaires du projet (Australie, Brunei, Chili, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour, Vietnam; le Japon, troisième économie mondiale, a annoncé vendredi son ralliement au projet). "Ce sera la plus grande zone de libre-échange du monde", s'est enthousiasmé le président chilien Sebastian Pinera. - L'ancien président de la Commission européenne et ancien Premier ministre italien, Romano Prodi, a estimé que l'axe franco-allemand dans la conjoncture de la crise de la dette créait "des remous" en Europe, dans un entretien publié dimanche par le journal grec To Vima. "Mon inquiétude est que l'axe franco-allemand n'est pas suffisant dans une Union européenne (UE) de 27 pays et une zone euro de 17 pays. Par conséquent ce tandem ne peut pas prendre de décisions, il tente de les imposer aux autres, a déclaré M. Pro - L'économie espagnole a fait du surplace au troisième trimestre, selon des chiffres officiels publiés vendredi, tandis que la menace de récession se précise, un nouveau coup pour le gouvernement socialiste en passe de perdre les législatives du 20 novembre. - Le marché immobilier chinois, pilier de la deuxième économie mondiale, commence à battre de l'aile et pourrait entraîner dans sa chute d'autres secteurs ainsi que les marché mondiaux des matières premières, estiment les analystes. - L'agence de notation Standard & Poor's, qui a annoncé par erreur jeudi que la France avait perdu sa note "AAA", a assuré vendredi qu'elle avait pris des mesures pour éviter de répéter une telle bourde, liée à une confusion de son système informatique. Tendance macro - l'Organisation pour la coopération et le développement économiques a réduit ses prévisions de croissance 2012 pour la zone euro à 0,3% contre 2,0% en mai et à 1,8% contre 3,1% pour les Etats-Unis. Pour l'ensemble des pays du G20,l'OCDE prévoit désormais une croissance de 3,8% en 2012 et 4,6% en 2013, mais celle-ci sera tirée vers le haut par les marchés émergents et notamment la Chine (+8,6% en 2012 et +9,5% en 2013). - Pour la première fois depuis la crise de 2008-2009, les "indicateurs composites avancés de l’OCDE" pour la zone euro, et notamment de la France, mais aussi du Royaume-Uni et de la Chine, signalent "fortement un ralentissement de l'activité économique sous sa tendance de long terme". Les inversions de tendance de l'indice précèdent généralement de 6 mois environ les inversions de l'activité économique, selon l'organisation qui réunit les pays les plus riches de la planète. - Le ralentissement économique mondiale est acté (OCDE, FMI et BQ Mondiale, Fitch, Standart & Poor’s, Goldman Sachs,…). Selon les standards du FMI, une croissance mondiale autour des 3% est le signe d’une récession mondiale. Les économistes de Citi abaisse ses prévisions de croissance mondiale en 2012, de 3,8% à 2,9% et s'attend à une récession dans la zone euro. Les pays développés, US et Z€, ne devraient pas dépasser 1.6% de croissance économique en 2011. - L'activité économique de la zone euro devrait être atone jusqu'au premier trimestre 2012 inclus, ont indiqué vendredi les instituts de conjoncture français, allemand et italien (Insee, Ifo et Istat). - L'économie française est entrée en récession en octobre, selon l'indice PMI publié lundi par le cabinet Markit, qui est tombé à son plus bas en 29 mois, à 46,8 points contre 50,2 points en septembre. - La croissance s'est interrompue dans l'Union européenne, qui pourrait traverser une nouvelle récession, selon les prévisions d'automne de la Commission européenne pour 2011-2013, publiés jeudi. Dans le détail, la Commission prévoit une croissance de 0,6% dans l'Union en 2012 et une expansion limitée à 0,5% en zone euro. L'année suivante, la progression du PIB de l'Union devrait ressortir à 1,5% et à 1,3% en zone euro. La croissance française est prévue à 0,6% en 2012 - l'hypothèse du gouvernement français est actuellement de 1% - après 1,6% cette année, et à 1,4% en 2013. Pour l'Allemagne, ces prévisions ressortent respectivement à 0,8% pour 2012 après 2,9% pour 2011, et à 1,5% pour 2013. Dossiers latents : - Ne pas oublier la date du 23 novembre prochain, A cette date, un « Joint Select Comittee », petit comité de 12 élus (3 sénateurs démocrates, 3 sénateurs républicains, 3 représentants démocrates, 3 représentants républicains), doivent s’être mis d’accord sur un nouveau plan d’économies drastiques. Ce qui permettra à l’Administration Obama d’obtenir une rallonge budgétaire. - le 29 et 30 Novembre prochain, se réuniront à nouveau l’Eurogroup et le conseil Ecofin. Les sujets abordés le 07 novembre, lors du dernier Eurogroup, avaient été mis en suspens, les décisions étant reportées. Ces dernières seront attendues, notamment sur la situation politique et budgétaire de la Grèce, le cas Italien et la réforme du FESF. - La zone euro est à l'aube d'une redéfinition radicale autour d'un noyau fédéral constitué de pays désireux d'intégrer leurs politiques fiscales et économiques, quitte à laisser les récalcitrants au bord du chemin. C’est le sujet principal qui sera abordé lors du prochain Conseil Européen du 09 décembre. Selon des responsables européens, l'idée d'une réforme des traités sera discutée, avant qu'une conférence intergouvernementale soit éventuellement convoquée début 2012 pour réformer les traités. Eric Pitou
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